Belle, fraîche et macabre

Port-au-Prince, décembre 2017. Deux semaines de travail intense avec un collectif de jeunes artistes haïtiens, dans le cadre de la Ghetto biennale. Zonbi, zonbi, zonbi : au milieu de la conversation en créole, je repère ce mot familier. Biberonnée à la littérature et au cinéma « gore » occidental, je connais la figure un peu grand-guignolesque du zombie, à mi-chemin entre l’effroi et le pathos. Oui, mais halte là, on est en Haïti, en présence de la forme originale du terme ! Elle désigne la victime d’un prêtre vaudou, un mort ramené à la vie – et souvent drogué – afin d’être réduit en esclavage.
Cette précision dans la cruauté me glace le sang, et me pousse à réfléchir à ma propre culture occidentale. Je réalise rapidement que la crainte d’un retour des morts parmi les vivants ne transparaît pas que dans le vaudou. Les images d’une danse macabre du XVème siècle, que j’ai vues à Bâle il y a quelques années, se sont invitées dans mes cauchemars des mois encore après ma visite. Des individus de tous âges et de toutes origines sociales, entraînés malgré eux dans l’au-delà par des squelettes dansants et grimaçants. L’égalité de tous face à la fin, inéluctable. Je revois aussi ces mises en scène érotico-morbides de la Renaissance, qui dépeignent le rapprochement intime entre une jeune fille et un cadavre en putréfaction. La jeune fille et la mort. Toujours ce besoin de rappeler, inexorablement et de manière crue, le caractère éphémère de la vie.
La peur de mourir. L’incertitude du lendemain. L’inconfort de la vieillesse. Les tourments de l’amour. Conjurer – repousser – détourner.
Au Moyen-Âge la peur. En Haïti la peur. Ici et aujourd’hui, la peur aussi.

L’installation Belle, fraîche et macabre a été conçue spécialement pour l’édition 2018 de Mos Espa, sur le thème de la culture haïtienne et du vaudou.

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